Maternité et direction d’entreprise
Vous dirigez une entreprise et vous êtes enceinte, une question se pose : que se passe-t-il concrètement pour les revenus, l’activité et la protection sociale ?
La réponse courte : Cela dépend de votre statut. La réponse complète : c’est bien plus complexe que ce que vous imaginez, et les lacunes peuvent être coûteuses. En 2026, une réforme importante ajoute une nouvelle dimension au sujet – mais elle soulève autant de questions qu’elle n’en résoute.
Dirigeante TNS ou assimilée salariés : un écart de protection qui peut surprendre
Tout commence par une question souvent mal posée : quel est votre statut réel ? Car entre une gérante majoritaire de SARL (statut TNS) et une présidente de SAS (statut assimilé salarié), la protection maternité est fondamentalement différente.
- Pour une dirigeante assimilée salariée, l’indemnisation maternité peut atteindre jusqu’à 104,02 € par jour en 2026, calculée sur les salaires des trois derniers mois dans la limite du plafond mensuel de la Sécurité sociale.
- Pour une TNS, les indemnités journalières sont forfaitaires et plafonnées à 65,84 € par jour — soit environ 1 900 € par mois, quel que soit le revenu réel de la dirigeante.
Le fossé entre revenu habituel et indemnisation légale peut donc être considérable.
2026 : le congé supplémentaire de naissance, une avancée… avec des zones d’ombre
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, publiée au Journal officiel le 30 décembre 2025, crée un nouveau dispositif : le congé supplémentaire de naissance. Il s’agit d’un congé indemnisé supplémentaire de un à deux mois, accordé à chacun des deux parents, en complément des congés maternité, paternité et adoption existants.
Ce droit est ouvert à l’ensemble des assurés actifs, y compris les travailleurs indépendants. Il sera mobilisable à partir du 1er juillet 2026, avec une règle transitoire : les parents d’enfants nés depuis le 1er janvier 2026 pourront en bénéficier jusqu’au 31 mars 2027.
Une avancée réelle, donc. Mais plusieurs points restent en suspens pour les dirigeants.
D’abord, les décrets d’application n’ont pas encore été publiés à ce jour. Les modalités précises d’indemnisation pour les TNS et les modalités déclaratives ne sont pas encore définitivement arrêtées. Ensuite, le congé n’est accessible qu’après avoir épuisé l’intégralité des droits aux congés maternité ou paternité existants — ce qui suppose d’avoir correctement ouvert ces droits en amont, une condition qui n’est pas toujours remplie par les dirigeants peu accompagnés.
Enfin, pour les dirigeants dont le revenu est variable ou dont l’activité dépend directement de leur présence, une absence supplémentaire d’un à deux mois soulève des questions pratiques et financières qui vont bien au-delà du cadre légal.
Ce que la loi ne couvre pas : la perte de revenus réels
La protection légale maternité — aussi améliorée soit-elle en 2026 — ne répond pas à toutes les questions d’une dirigeante ou d’un chef d’entreprise face à l’arrivée d’un enfant. Plusieurs angles morts subsistent.
le décalage entre les indemnités légales et le revenu réel de nombreuses dirigeantes est structurel. Une gérante TNS dont le revenu mensuel est de 4 000, 5 000 ou 6 000 euros percevra les mêmes indemnités forfaitaires qu’une indépendante gagnant le SMIC. Ce plafonnement est rarement anticipé.
C’est précisément dans cet espace — entre ce que la loi prévoit et ce que votre situation réelle exige — que se joue l’utilité d’une réflexion patrimoniale et prévoyance menée en amont.
L’expérience montre que les dirigeants qui traversent sereinement une période de maternité ou de paternité sont ceux qui ont posé les bonnes questions plusieurs mois à l’avance. Parmi les sujets à traiter :
- La cohérence entre statut juridique et protection sociale. Le choix entre TNS et assimilé salarié a des implications directes sur l’indemnisation maternité. Ce choix mérite d’être réévalué régulièrement, pas seulement à la création de l’entreprise.
- Le niveau de couverture prévoyance. Des contrats de prévoyance complémentaires peuvent permettre de compenser l’écart entre indemnités légales et revenus habituels, sous réserve d’avoir été souscrits suffisamment tôt.
- L’organisation de la continuité d’activité. Délégation de pouvoirs, mandat, recours à un tiers de confiance : des solutions juridiques existent et doivent être anticipées, surtout pour les dirigeants uniques.
- L’impact sur la retraite. Un congé maternité interrompt ou réduit les cotisations. Dans un régime TNS, cela peut avoir des effets sur la validation des trimestres et le niveau futur des droits à la retraite.
Sources : ameli.fr, service-public.fr, solidarites.gouv.fr, CAF.fr
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou en protection sociale personnalisé. Les montants et dispositifs mentionnés sont ceux en vigueur ou annoncés à la date de publication (mars 2026). Pour toute situation personnelle, nous recommandons de consulter un professionnel qualifié.
Vous attendez un enfant, ou vous souhaitez simplement vous assurer que votre protection est à la hauteur de votre situation réelle ?